LéA

Les LéA ont été définis dans le programme scientifique de l’IFÉ comme des lieux à enjeux d’éducation, rassemblant un questionnement des acteurs, l’implication d’une équipe de recherche, le soutien du pilotage de l’établissement, et la construction conjointe d’un projet dans la durée. Il s’agit de considérer l’éducation comme un fait social total et de fonder des recherches en éducation sur l’action conjointe entre chercheurs et acteurs du terrain.

L’ENSFEA est partie prenante d’un projet LéA centré sur la question socialement vive de la transition agroécologique et associant plusieurs types d’acteurs.

Les acteurs de terrain

L’EPL de Venours-Rouillé est un établissement d’enseignement agricole important avec des formations agricoles professionnelles, techniques (bac et BTSA) et scientifique (bac S). Une licence Pro Agronomie «Conseil et développement agricole», réalisée en partenariat avec le Département de Géographie de l’université de Poitiers, est également proposée. L’exploitation du lycée, d’une surface de 91 hectares, est engagée dans la transition agroécologique et s’inscrit dans un réseau régional dynamique. Elle est composée de plusieurs ateliers : vaches laitières (Prim’Holstein et Jersiaise), apiculture (80 ruches), cultures de vente et d’un élevage de gibier (faisans, perdrix, cailles).

L’EPL de Figeac (Animapôle) propose des formations de la troisième au BTSA, aux élèves , apprentis, étudiants et adultes dans le secteur agricole et dans les secteurs en lien avec la nature. Les orientations ministérielles autour de la thématique du « enseigner à produire autrement » imposent des changements dans les pratiques pédagogiques ainsi que dans les méthodes de travail sur l’exploitation ; cela amène à réfléchir sur la perception qu’ont les apprenants de l’agroécologie au travers du filtre de l’enseignement, des stages en entreprise et sur l’exploitation d’animapôle (productions végétales et production bovine, ovine et porcine).

La recherche menée

L’inscription de l’agroécologie dans la loi d’avenir pour l’agriculture (2014) sous-tend un renouvellement des façons de concevoir et gérer des systèmes de production agricole. Les systèmes agroécologiques partagent des principes comme celui d’imiter la nature et celui de maintenir un lien étroit avec les besoins des sociétés en veillant à ceux des plus fragiles (Altieri, 1987). Si les systèmes agricoles intensifs et consommateurs d’intrants sont rejetés, il n’existe pas pour autant de modèle unique sur lequel prendre appui. Le plan « Enseigner à produire autrement » du ministère de l’agriculture place la formation comme levier de changement central afin de doter de capacités et de comportements les acteurs de demain pour qu’ils relèvent les défis en déclinant concrètement l’agroécologie à partir de projets d’innovation. La transition agroécologique peut être considérée comme une Question Socialement Vive (QSV) car elle n’a pas une solution unique et est porteuse d’incertitudes, voire de controverses, dans les débats entre scientifiques, entre professionnels et plus globalement dans la société. L’enseignement de l’agroécologie pose la question des choix des savoirs puisque les références ne sont pas stabilisées avec des raisonnements complexes en situation professionnelle avec une imbrication des dimensions éthiques, émotionnelles et techniques. La formation vise le développement de capacités à co-concevoir des systèmes durables, à agir dans un contexte incertain sur la base de comportements responsables et critiques mais est confrontée à des tensions entre « le montrer », « l’impliquer » et « le faire faire ».

Les équipes éducatives se questionnent sur les stratégies didactiques à mettre en œuvre, les manières de prendre en compte les incertitudes et les controverses liées aux questions soulevées par la transition agroécologique des systèmes agricoles français. Dans ce contexte, la formation en milieu professionnel fait vivre aux apprenants des tensions entre des savoirs non stabilisés, parfois controversés, des pratiques sociales et professionnelles en reconfiguration et des savoirs et pratiques socioprofessionnelles considérées comme valides ou qu’ils considèrent comme telles : ces situations se révèlent déstabilisantes et brouillent les repères des apprenants (Frère, 2014).

Comment gérer ces tensions vécues en milieu professionnel dans la formation ? Jusqu’où les apprenants et les équipes pédagogiques peuvent devenir des acteurs de cette transition et la soutenir ? Comment interviennent les actions techniques et pédagogiques des exploitations agricoles des établissements scolaires dans cette tension potentielle entre discours scolaire et discours professionnel ?

Les porteurs du projet à l’ENSFEA

CANCIAN Nadia : formatrice Sciences et Techniques Agronomiques, docteur – EFTS,
LIPP Amélie : formatrice Sciences et Techniques Agronomiques, docteur – EFTS,
MAGNE Marie-Angelina : enseignante-chercheuse – AGIR-INRA
SIMONNEAUX Jean : enseignant-chercheur – EFTS, (coordinateur)
SIMONNEAUX Laurence : enseignante-chercheuse – EFTS