Historique

L’émergence de la notion de Question Socialement Vive dans le champ de l’éducation et de la didactique.

L’émergence d’une pensée est une histoire des idées, mais c’est aussi une histoire humaine. La notion de Question Socialement Vive (QSV) apparaît à la fin des années 1990. Laurence Simonneaux raconte avoir été très choquée lorsque, étudiante en agronomie, elle a entendu un professeur, fasciné par le « progrès » des technosciences et plus particulièrement par la transplantation embryonnaire qui venait d’être développée chez les bovins, qui louait les mérites de cette biotechnologie qui permettrait d’utiliser des femmes noires comme mères porteuses d’enfants blancs ! Cet évènement l’a conduite à faire sa thèse dans les années 90 en didactique et en muséologie des sciences sur les biotechnologies de la reproduction des bovins, ce fut une première exploration des QSV qui ne portaient pas encore leur nom.

La rencontre entre Alain Legardez (IUFM de Aix-Marseille) et Jean et Laurence Simonneaux (ENFA à Toulouse) lors du congrès de l’Association Mondiale des Sciences de l’Éducation à Sherbrooke en 2000 fut le début d’une collaboration fructueuse. L’équipe de Toulouse travaillait notamment sur des dispositifs didactiques en sciences, notamment sur les OGM. L’équipe d’Aix travaillait sur les représentations sociales mais aussi dans la même équipe se trouvait Yves Chevallard, didacticien des mathématiques, qui considère qu’il est nécessaire d’enseigner des « questions vives » et non des savoirs moribonds pour lesquels «le contenu de l’étude scolaire (…) apparaît au contraire, fermés sur eux-mêmes, frappés d’autisme épistémologique, et en particulier muets sur leurs raisons d’être » (1997, p. 2). Laurence Simonneaux et Alain Legardez vont enrôler d’autres chercheurs autour d’eux, le concept de QSV va émerger assez rapidement, les premières collaborations porteront sur les débats et les dimensions sociales dans l’enseignement de questions scientifiques mais aussi socio-économiques.

La publication de l’ouvrage « L’école à l’épreuve de l’actualité, enseigner les questions socialement vives » en 2006 contribue à une stabilisation et une institutionnalisation de la notion de QSV et à mettre en réseau d’autres chercheurs provenant d’autres équipes de recherche. Plusieurs thèses sur les questions socialement vives vont être rapidement soutenues et vont compléter et contribuer à une série de publications ou numéros spéciaux de revues sur les QSV.

Les publications en anglais et les colloques internationaux vont permettre de collaborer avec un réseau de didacticiens travaillant sur des problématiques proches et au groupe de s’élargir à l’international avec la création du « GRID QSV », le groupe de recherche international de recherche sur les QSV) regroupant Anglais, Suédois, Espagnols, Québécois, Canadiens, Portugais, Brésiliens, Néo-Zélandais, Australiens…

La didactique des QSV a participé au renouvellement du champ de recherche de la didactique en France en contribuant à la prise en compte des dimensions sociales et éthiques dans l’enseignement des sciences. Au niveau curriculaire, les questions socialement vives ont été progressivement introduites dans les programmes de l’enseignement agricole. Au niveau international, la didactique des QSV fait partie du mouvement éducatif qui prône l’étude des interactions Sciences-Technologies-Sociétés-Environnements (STSE). Cela suppose de reconnaître les liens qui existent entre les sciences, la politique et l’économie. Au-delà de l’approche SSI (Socio-Scientific Issues) qui vise surtout à questionner dans l’enseignement les conséquences sociales des sciences, sans pour autant étudier des controverses, les approches STSE et QSV accordent une priorité au développement de la pensée critique et à l’émancipation des citoyens.

Pour aller plus loin :

Chevallard Yves. (1997). Questions vives, savoirs moribonds : le problème curriculaire aujourd’hui

Institut Français de l’Éducation, lettre d’information n° 27 (mai 2007). L’enseignement des « questions vives » : lien vivant, lien vital, entre école et société ?

Legardez Alain & Simonneaux Laurence (éd.) (2006). L’école à l’épreuve de l’actualité, enseigner les questions socialement vives

Simonneaux Laurence & Simonneaux Jean (2014). The emergence of recent science education research and its affiliations in France